Le Journal du Chihuahua:
Tout d'abord une simple question: faut-il vous appeler Votre Haute
Noblesse comme les officiers de l'ancienne armée
impériale, ou simplement Prince?
Le colonel Olik:
Mon colonel suffira.
Le JdC:
Mon colonel, vous développez dans votre livre la notion de
rentabilité touristique (1). En quoi cette idée
fait-elle progresser le tourisme?
Le C.O.:
La rentabilité du tourisme s'évalue
habituellement du point de vue des agents fournisseurs de services. Ma
théorie s'articule autour de la rentabilité du
point de vue du touriste. Il s'agit pour lui de répondre
à cette question: "Mon déplacement a-t-il
été rentable?" Cela ne se limite pas à
justifier la dépense, il s'agit aussi de mesurer si le
voyage en valait la peine.
Le JdC:
Cette vision n'est pas nouvelle, elle est abondamment
exposée dans les Mémoires
du baron de La Freyderie. Son Voyage au Mt Ventoux
(2) explique son souci constant d'exploiter au mieux ses deniers.
Le C.O.:
Le baron de La
Freyderie parle surtout de la justification des dépenses.
Ainsi
lorsqu'il loue un véhicule pour se rendre quelque part, son
premier
souci est de rouler. Sinon, pourquoi ne pas prendre le car? Mais il
s'attache surtout à rouler le moins possible afin de
contrôler ses
dépenses. Si l'on suit la logique du baron, il loue une
voiture pour
rouler le moins
|
possible. Dans mon
dernier livre, je dépasse cette vue
simpliste afin d'optimiser non pas les dépenses mais le
temps. Je ne
parle pas seulement du temps passé à voyager,
mais aussi du temps
consacré à la relation de mes voyages, qu'elle
soit écrite ou orale, à
l'analyse de mes observations ethnographiques et à
améliorer ma
technique touristique. Autant le prince Laskétine ne
songeait qu'à se
reposer dans les villes d'eau, autant le colonel Olik accumule les
renseignements comme un capitaliste. Ainsi, dans un restaurant, au lieu
de me contenter de manger et de prendre des photos, je note
soigneusement la conversation de mes voisins.
Le JdC:
La conversation des gens dans un restaurant peut-elle
révéler des secrets d'état?
Le C.O.:
Absolument. C'est ainsi qu'au Canada, j'ai mis à jour le
complot, dit
du chocolat frelaté, qui visait à permettre aux
fabricants de chocolats
de luxe de remplacer le cacao par un mélange de tartre et de
ciment.
Mais pour comprendre l'origine de cette affaire, il faut savoir qu'au
Canada, il faut que les choses soient rapides et bon marché.
L'utilisation de produits locaux est un argument de vente majeur. La
vase locale aurait ainsi permis de réduire les importations
de chocolat
à fondre en provenance de Suisse et de Belgique.
Le JdC:
A-t-on une idée précise de la
stratégie qui aurait été
employée pour vendre une telle horreur?
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Document
secret saisi par le colonel Olik dans les bureaux des Chocolats Purdi
montrant la composition d'un futur produit.
Le C.O.:
C'est malheureusement assez simple: on les aurait emballés
dans du
papier rose ou violet, couleurs fréquemement
associées au chocolat au
Canada, on aurait lancé une rumeur et le bouche à
oreille aurait fait
le reste. L'absence de culture cacaoyère des habitants fait
le lit des
chocolats écoeurants. Des informations de source
sûre montrent que dans
les écoles, on habitue les enfants aux boissons
chocolatées de
synthèse. Elles déforment le goût et
leur rendent détestable le simple
cacao en poudre mélangé avec du sucre et dissout
dans du lait (3).
Références
(1) Laskétine, Les
mystères de Bali, éditions du
Glyptodon, 2008, 250 pages
(2) La Freyderie, Voyage
au Mt Ventoux, éditions du Mouton, 2007, p.45-46
(3) Laskétine, Annales
de criminologie alimentaire, éditions du
Cochon, 2005, p.200 |